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DES
MOTS ET DU CINÉMA
La guerre des corporations fait rage. C’est à en
mourir. De rire ou de désespoir.
Entre les deux nous choisirions plutôt de ne pas en pleurer, mais avec
le sérieux et le recul nécessaires pour observer nos effervescences.
Nous avons vu surgir de l’actualité, comme un diable de sa boîte,
un homme de médias qui ne semblait guère être connu que
de ses pairs.
Il a raconté comment, mais sans bien dire pourquoi, il avait été
scandaleusement appréhendé par une police, brutale et liberticide
selon le plaignant, agissant comme il se devait selon les intervenants. Le citoyen
a dressé l’oreille et levé le sourcil.
Après quelques-uns des passages en boucle de cette information, l’observateur
attentif a cru comprendre que ce monsieur a ouvert la porte de son domicile
fixe à un confrère, sous l’œil d’une caméra
mobile qui était déjà dans la place. Le message semblait
scénarisé et tourné dans un beau décor. C’était
du cinéma qui, en définitive, rassurait plutôt le lecteur-spectateur
sur les conditions d’existence d’une profession qui crie misère
dans ses colonnes, dans ses flashes, dans ses articles, dans ses appels de capitaux.
Tout une profession est montée au créneau, puis s’est répandue
hors ses enceintes pour fustiger la République, son Président,
son Gouvernement et toutes ces Institutions qui veulent museler la presse et
asservir le citoyen.
Pour peu qu’il ait l’esprit critique, le citoyen aura décelé,
par la concordance des termes employés par les médias et par l’égale
montée aux extrêmes des interventions, qu’un problème,
somme toute particulier, a été érigé en atteinte
universelle aux droits de l’homme et à la liberté de la
presse !
Le corporatisme est habile à se nicher partout.
Mais cette « glissade rhétorique vers le haut » finit par
paraître superfétatoire au citoyen, toujours prêt à
râler, mais qui ne s’émeut guère des malheurs des
corporations autres que la sienne.
La France déplore d’avoir à compter quelque vingt pour cent
d’illettrés ou analphabètes. Cela lui permet aussi de se
réjouir que quelque quatre-vingts pour cent de ses enfants sachent quelque
peu lire et comprendre leur langue. La prudence devrait engager les journalistes
à supputer que certains disposent peut-être d’un dictionnaire
et que d’aucuns le consultent même parfois.
Le plus étonnant dans cette affaire est cet autre glissement, sémantique
celui-là, qui a mis sous la plume de presque tous cette opinion selon
laquelle « une banale affaire de diffamation »
ne méritait pas un tel traitement. Ô tranquillisant anxiogène
!
Le citoyen moyen sait que le verbe « diffamer » peut prendre des
sens différents. Pour certains dictionnaires, diffamer c’est «
porter atteinte à la réputation de quelqu’un par des paroles
ou des écrits non fondés, mensongers. Et c’est un synonyme
de calomnier.
La presse nous apprend par cette affaire que la diffamation est banale pour
elle !
De quoi vaut-il mieux être soupçonné ? De ne pas connaître
le sens des mots ? De ne pas vérifier le sens de ce que l’on écrit
? De manipuler le lecteur ou l’auditeur par dérive du langage ?
De se laisser aller au conformisme intellectuel ? De pratiquer le « copier
coller ? De militer pour la dépénalisation de la diffamation afin
d’exonérer la profession, et de la charge de la preuve, et de la
divulgation des ses sources ?
Sais-tu, camarade journaliste, qu’il faut t’aimer pour te faire
ces remarques ?
Il est vrai que tu nous y a maintes fois engagés en écrivant et
en disant combien il est salutaire d’interpeler les puissants et les influents.
Certes il ne faut pas exhumer Le Chapelier (1754-1794) ni sa loi de 1791 qui
interdisait toute association entre gens de même métier. Mais les
droits collectifs de la presse ne sauraient attenter aux droits des individus.
Mais il ne faut pas non plus que les faits répréhensibles, commis
par les uns, servent de prétexte aux représentants de l’ordre
pour s’autoriser des actions disproportionnées.
Effacer le problème en dépénalisant la diffamation n’est
pas le résoudre.
Les conflits de cette nature sont tous des cas d’espèce qui ne
sauraient être soumis, à priori, à l’appréciation
de l’une des parties. Place doit donc être laissée au juge.
Et, de tous côtés, force doit rester à la loi.
En marge de cette écume, chacun doit bien peser ses mots. Et ne pas faire
trop de cinoche.
Pierre
Auguste
Le 3 décembre 2008
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